Les Maraîchers de Franconville
Par Denise Cosson et Pierre Boisaubert
Franconville, ville du Val-d’Oise en Île-de-France, est marquée par une tradition maraîchère qui remonte à plusieurs siècles. Entre culture de la terre, adaptation aux évolutions économiques et préservation d’un savoir-faire local, les maraîchers de Franconville ont façonné l’identité de la commune. Cet article retrace leur histoire, des origines à nos jours.
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Les Origines : Une Terre Favorable.
Dès le Moyen Âge, la région de Franconville, grâce à ses sols fertiles et sa proximité avec Paris, devient un lieu privilégié pour la culture maraîchère. Les paysans locaux cultivent légumes, fruits et plantes aromatiques, destinées à approvisionner les marchés parisiens.Les principaux marchés desservis sont ceux de St Maur du Temple, Aguesseau, Batignolles, Levallois, La Garenne, Puteaux, courbevoie, Bois Colombes, etc.
• XVIIe et XVIIIe siècles : Les maraîchers de Franconville se spécialisent dans la production de légumes
, notamment les petits pois, les carottes et les salades. La culture sous serre se développe, permettant des récoltes précoces.
• Transport vers Paris : Les produits sont acheminés par charrettes.
La vigne a joué un rôle important dans l’histoire de Franconville, notamment à partir du XVIIe siècle. À cette époque, la vie du village était rythmée par les saisons et les cultures, et la vigne, aux côtés des céréales, restait une culture essentielle, même si les récoltes étaient parfois fragiles et soumises aux aléas climatiques, aux maladies et aux ravageurs. Les habitants devaient protéger leurs cultures et composer avec les difficultés naturelles, comme les insectes, les maladies de la vigne, ou encore les animaux nuisibles.
Les meilleurs cépages se trouvent sur le côteau. Le déchaussement s'effectue à la houe et la taille à la serpe. Le petit bois est récupéres en fagots. Les piquets de soutien sont en chataignier de la fôret de Montmorency.
En 1889 le puceron phylloxera détruit le vignoble.
À la veille de la Révolution française, Franconville, comme d’autres communes voisines (Cormeilles-en-Parisis, La Frette-sur-Seine, Herblay, Sannois), participait activement à la production viticole du Val-d’Oise. Les coteaux de la butte de Cormeilles, par exemple, produisaient près de la moitié du vin du département. Cependant, après la Révolution, la région a connu des disettes et de nombreuses vignes ont été remplacées par des cultures de blé.
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Aujourd’hui, la mémoire de cette tradition viticole persiste, et certaines communes voisines ont même relancé des « vignes municipales » pour perpétuer ce patrimoine historique..
L’Âge d’Or : XIXe et Début XXe Siècle.
Au XIXe siècle, Franconville est réputée pour ses maraîchers, qui fournissent les marchés proches de Paris. Les cultivateurs de Franconville ont toujours pratiqué la vente directe. La ville compte alors de nombreuses exploitations familiales.
• Spécialisation : Les maraîchers se distinguent par la culture des légumes, des fraises, des asperges et des fleurs coupées. En général, la vente des fleurs constituait la dote de la fille de la maison.
• A noter l'absence de serres sur la commune.
• Les produits sont acheminés par charrettes et par camionnettes.
• Vie sociale : Les maraîchers forment une communauté soudée, avec leurs propres fêtes et traditions, comme la fête des vendanges ou les concours de légumes.
A partir de 1920, Franconville voit arriver de nombreux bretons. Les femmes en tant qu'employées de maisons et les hommes en tant que journaliers ou taherons chez les maraichers et fermiers. plus tard aus travers d'unions, ils reprendreront la suite des exploitations
• L'agriculture fait vivre de nombreux artisans tels que propriétaire de batteuse, marécal ferrants, charron, mécaniciens, etc.
Les Défis du XXe Siècle.
Avec l’urbanisation et la pression foncière, les terres maraîchères de Franconville se réduisent progressivement.
• Années 1950-1970 : La mécanisation et l’industrialisation de l’agriculture transforment les pratiques. Certaines exploitations disparaissent, tandis que d’autres résistent en se modernisant.
• Pression urbaine : La construction de logements et d’infrastructures grignote les terres agricoles. Les maraîchers doivent s’adapter ou se déplacer.
• Maintien d’une tradition : Malgré ces défis, certains maraîchers perpétuent leur activité, en misant sur la qualité et la vente directe.
En 1910 la surface cultivée est de 455 Ha, pour 45 cultivateurs.
En 1931, elle est de 333 Ha pour 50 cultivateurs.
En 1970, elle est de 38 Ha pour 13 cultivateurs.
Et en 1980, elle n'est plus que de 10Ha pour 6 cultivateurs.
Les Maraîchers Aujourd’hui : Entre Tradition et Modernité.
Au XXIe siècle, les maraîchers de Franconville sont moins nombreux, mais leur rôle reste essentiel pour la biodiversité et l’alimentation locale.
• Circuits courts : De plus en plus d’exploitations se tournent vers la vente directe, les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et les marchés locaux.
• Agriculture durable : Certains maraîchers adoptent des méthodes biologiques ou raisonnées, répondant à une demande croissante de produits sains et respectueux de l’environnement.
• Transmission : La question de la relève se pose. Des initiatives locales, comme les fermes pédagogiques ou les ateliers de formation, tentent de sensibiliser les jeunes générations.
En conclusion, les maraîchers de Franconville incarnent une histoire vivante, liée à la terre et aux hommes. Leur héritage, fait de savoir-faire, de résilience et d’innovation, continue d’inspirer les générations actuelles. À l’heure où l’agriculture urbaine et les circuits courts gagnent en importance, Franconville rappelle que le maraîchage est bien plus qu’une activité économique : c’est un patrimoine à préserver.



